Arnaque dans le business des DAB

Le Madoff des DAB signe la plus grande pyramide de Ponzi de l'année, la communauté Amish première victime

 Une arnaque dans le business des distributeurs automatiques de billets (DAB) a causé 400 millions de dollars de pertes. Cette pyramide de Ponzi sur le cash a notamment frappé la communauté religieuse des Amish, dupée par un vrai faux pasteur en placements.

Il existe près de 450.000 distributeurs automatiques de billets (DAB) aux Etats-Unis, un nombre en diminution constante ces dernières années. (Bing Guan/Bloomberg)

Par Nessim Aït-Kacimi       

 

Publié le 10 oct. 2025 à 15:59

A la différence des machines à sous, les distributeurs automatiques de billets (DAB) délivrent rarement de mauvaises surprises. Les espèces sont obtenues et le compte débité du montant correspondant. Longtemps indispensables aux paiements quotidiens, ils se sont imposés comme des objets familiers qui inspirent confiance. Mais un peu comme les « points d'eau » sont surveillés par les prédateurs dans le règne animal, les DAB sont parfois guettés par des esprits mal intentionnés.

Daryl Heller l'assurait à ses investisseurs : un placement dans cette activité de distribution de cash était parfaitement « sûr ». Sa société Paramount, qui gérait un parc de DAB, leur promettait un rendement annuel très élevé de 25 %, soit près de trois fois le rendement de très long terme (1900-2024) des actions américaines, qui est de 9,7 %, selon les estimations du YearBook de la banque UBS.

Daryl Heller est aujourd'hui suspecté d'avoir opéré la plus grande pyramide de Ponzi de l'année, selon le régulateur des marchés américains. Popularisée par Bernard Madoff, cette arnaque consiste à verser les intérêts aux investisseurs en collectant toujours plus de nouveaux fonds.

Des pertes estimées à 400 millions de dollars

Elle a besoin d'un afflux croissant et permanent d'argent « frais » pour donner l'illusion d'un placement performant et non pas litigieux, et pour éviter que les clients n'aillent se plaindre à la justice. Mais cette fuite en avant ne peut être éternelle. Un jour ou l'autre, un grand nombre d'investisseurs vont réclamer leur argent en même temps. L'escroc sera alors incapable de le leur rendre.

Ce jour est arrivé pour Daryl Heller, 55 ans, résidant de Pennsylvanie. La Securities and Exchange Commission (SEC) l'accuse d'avoir collecté 770 millions de dollars auprès de 2.700 investisseurs. Il signe la plus grande pyramide de Ponzi de l'année, devant celle à 250 millions de dollars qui porte sur le business des machines à purifier l'eau.

 

La technique des « vases communicants » risque aussi de coûter cher aux clients de Daryl Heller. Ils pourraient perdre près de la moitié de leur argent, les pertes étant estimées à 400 millions de dollars. Le fondateur de Paramount aussi est soupçonné d'avoir détourné 185 millions de dollars. L'illusion a fonctionné durant une longue période, qui s'étend de 2017 à 2024.

Des revenus plus faibles que promis

Son activité était loin d'être « une poule aux oeufs d'or ». Elle générait des revenus bien plus faibles que promis. La société les gonflait ainsi artificiellement. Et pour cause, l'usage du cash dans les paiements recule sur tous les continents, conduisant à la diminution des distributeurs de billets. Les DAB sont loin d'être un placement d'avenir. Les clients ont commencé à se méfier au printemps 2024. L'afflux d'argent s'est tari et les investisseurs ont posé au management des questions dérangeantes qui sont restées sans réponse.

 

Le niveau minimum d'investissement dans les différents fonds de Daryl Heller allait de 50.000 à 100.000 dollars. Les clients recevaient chaque mois leurs intérêts sans se douter que cet argent sortait de la poche d'autres investisseurs dupés. Pour un grand nombre, ils étaient membres de la communauté religieuse des Amish. Elle se caractérise par un isolement et un refus du progrès « corrupteur » des âmes.