Fermétures d'agences bancaires

Les banques mutualistes réduisent à bas bruit leur réseau

 Les mutualistes accélèrent la fermeture des petites agences, même dans les zones rurales. Crédit Agricole et Crédit Mutuel s'adaptent à la baisse de fréquentation liée à l'essor de la banque en ligne.

Par Krystèle Tachdjian

Publié le 13 oct. 2025 à 14:00Mis à jour le 13 oct. 2025 à 14:07

Les banques mutualistes ne font pas exception. Après avoir résisté à la pression des fermetures d'agences, les chantres de la « proximité » et du « maillage territorial » sont, eux aussi, contraints de réduire la voilure. Ils n'échappent pas à la chute de la fréquentation des agences - corollaire de l'essor de la banque en ligne - même dans les campagnes où l'attachement aux points de rencontre est plus fort que dans les zones urbaines. Si les géants mutualistes ont pris, plus tardivement et plus lentement le virage des fermetures, ils passent aujourd'hui à la vitesse supérieure, selon les syndicats.

« Depuis le début de l'année 2025, notre syndicat observe une accélération préoccupante des fermetures d'agences dans plusieurs caisses régionales » du Crédit Agricole, a indiqué le syndicat SUDCAM dans une déclaration faite le 23 septembre, lors d'une réunion avec des représentants de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA).

Pas d'impact sur l'emploi

« En Loire-Haute Loire, 25 agences vont fermer, en Normandie-Seine, 20 agences sont promises à disparition, en Nord-Midi Pyrénées des projets similaires sont à l'étude, en Centre-Ouest, une réduction de 15 % du réseau est annoncée. Dans le Finistère, la direction envisage de se passer de ses petits points de vente [le CSE sera bientôt consulté] », énumère le syndicat. Et « la liste ne cesse de s'allonger », explique Geoffrey Vizot, secrétaire Général Adjoint SUDCAM-Branche Professionnelle Crédit Agricole.

« Les informations des CSE locaux sur des projets d'adaptation du réseau se multiplient. Et d'autres sont attendues d'ici la fin de l'année », prévient-il. La presse régionale se fait régulièrement l'écho de ces évolutions, suscitant parfois le courroux des élus locaux.

 

« Les directions affirment qu'aucun emploi ne sera supprimé et que chaque salarié concerné se verra proposer une solution. Ces engagements sont positifs, mais des interrogations demeurent. Derrière ces décisions, une logique semble s'imposer : réaliser des économies d'échelle. Mais à quel prix ? », pointe SUDCAM dans sa déclaration.

« Même si, à ce jour, il n'y a pas d'impact sur l'emploi, on peut quand même s'interroger sur les futurs départs en retraite qui ne seront peut-être pas tous remplacés », remarque Geoffrey Vizot. Une telle stratégie, si elle va trop loin, risque de « priver » le groupe de son « avantage concurrentiel par rapport aux autres acteurs bancaires », qui est la proximité avec les clients et les territoires notamment ruraux, appuient les syndicats.

Au Crédit Agricole, les patrons de caisses à l'offensive

« La FNCA nous dit qu'il n'y a pas de directive nationale, ni de grand plan qui consiste à donner un objectif aux entreprises de la branche en termes de fermeture d'agences. En réalité, les directeurs généraux ont le pouvoir de mener leur propre politique locale. Je pense que chacun observe ce qui se fait dans la caisse voisine et, finalement, opère de la même manière. Il y a un effet copier-coller », regrette Geoffrey Vizot.

« Nous devons nous adapter aux nouvelles attentes des clients. La notion de proximité a beaucoup évolué avec l'essor du digital », répond sans détour Karine Bourguignon, directrice générale de la caisse Crédit Agricole Normandie-Seine. En Eure et en Seine-Maritime, la caisse a prévu de fermer une vingtaine d'agences d'ici la fin de l'année sans licenciement, et en regroupant les effectifs dans d'autres agences.

« Les fermetures concernent les petites agences de 2 ou 3 conseillers. En contrepartie, nous mettons en place des horaires élargis pour joindre son conseiller en présentiel ou en visio. Et 10 % de nos 110 agences seront ouvertes 6 jours sur 7 c'est-à-dire le lundi également, au lieu de 5 jours ». La banque a également introduit plus de flexibilité pour les salariés qui peuvent à tour de rôle gérer leur temps différemment des horaires d'ouverture de l'agence. Pour préserver l'accès au cash, Karine Bourguignon évoque le rôle des « Relais CA », ces points de retrait chez les commerçants, et les accords passés avec certains maires pour maintenir un distributeur de billets dans une commune lorsqu'une agence ferme.

« Souvent, la fermeture d'un point de vente passe par une étape intermédiaire qui est l'ouverture aux clients le matin, et l'ouverture l'après-midi uniquement sur rendez-vous », indique de son côté le syndicat SNECA, qui constate une tendance assez lourde à la fermeture des petites agences de moins de 4 salariés. Le syndicat reconnait que « ces fermetures de petits points de vente sont souvent bien accueillies par les salariés » pour des raisons pratiques (gestion des absences, formations, congés) ». Mais selon le SNECA, il n'est « pas concevable que les caisses régionales visent des rentabilités identiques aux banques capitalistiques et réduisent drastiquement l'accès à des agences de proximité ».

Regroupement des petites agences

Les groupes mutualistes conservent de loin les réseaux les plus denses. Ils n'affichent pas de plan drastique de fermetures - comme ce fut le cas à Société Générale -, et aucun acteur n'a lancé de vaste réorganisation de la banque de détail - comme le fait actuellement BNP Paribas.

 

Au Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui rassemble 14 des 18 fédérations du groupe et le CIC, « il n'y a absolument pas d'objectif de réduction du réseau », a affirmé Daniel Baal, le président, lors de la présentation des résultats annuels début mars. Mais les petites structures de deux ou trois collaborateurs sont clairement appelées à disparaître. A la fin du plan stratégique à horizon 2027, « nous souhaitons que 85 % environ de nos points de vente aient au moins sept salariés », a indiqué le dirigeant.

« Les CSE des fédérations du Crédit Mutuel sont consultés de façon régulière sur ce qu'on appelle des points de maillage. C'est une belle façon d'appeler les choses pour nommer des fermetures de sites. Sur certains territoires, il peut y avoir plus de 40 % voire 50 % des points de vente de moins de sept salariés », indique une source syndicale. Pour les caisses locales de Crédit Mutuel, il faut passer par les fourches caudines des conseils d'administration qui sont maîtres chez eux, ce qui peut prendre du temps. « Du côté du CIC, cela va beaucoup plus vite. Ce sont des banques capitalistes de plein exercice, ajoute cette source. C'est là où nous risquons d'avoir le plus de fermetures à l'avenir ».

Krystèle Tachdjian

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