Quand la Banque centrale européenne conseille de garder de l'argent liquide chez soi
La BCE recommande de conserver une réserve d'espèces chez soi pour faire face aux crises. Une étude montre que malgré le déclin du cash, les Européens se tournent massivement vers les billets en période de stress, comme lors de la pandémie ou de l'invasion de l'Ukraine.
Les chercheurs de la BCE constatent que lors des moments de stress aigu, le public considère la monnaie physique comme une « réserve de valeur fiable » et un « moyen de paiement résilient ». (Photo iStock)
Par Juliette Roussel
Publié le 27 sept. 2025 à 17:10
Remplir sa tirelire pour être paré en cas de problème. C'est en quelque sorte le message d'une étude de la Banque centrale européenne (BCE), publiée cette semaine. Le rapport intitulé « Gardez votre calme et votre cash », encourage les Européens à toujours garder chez eux une petite somme d'argent liquide.
L'étude montre que malgré un déclin du cash évident - 52 % des transactions en magasin ont été réalisées en espèces en 2024, contre 72 % en 2019 selon la BCE - celui-ci est très sollicité lors des moments de crise.
En effet, il semblerait que lors des débuts de crise - l'étude en analyse plusieurs notamment les turbulences financières de 2008, la crise de la dette souveraine de 2014-2015 en Grèce, le déclenchement de la pandémie de Covid-19 ou l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022 -, « des pics immédiats et extrêmes d'acquisition d'espèces par le public » ont été atteints.
La leçon de la pandémie
Lors de la période du Covid, fin 2020, les émissions de billets dans la zone euro ont augmenté de plus de 140 milliards d'euros, soit une hausse de plus de 85 milliards d'euros par rapport à la moyenne d'environ 55 milliards d'euros d'augmentation observée pendant les quatre ans précédant la pandémie.
Un bel exemple de rapport paradoxal au cash : alors que les flux de billets ont drastiquement diminué, les Européens se sont rués sur les espèces lors des confinements. Les avoirs en espèces ont augmenté de 140 milliards d'euros sur deux ans, « reflétant un passage durable à sa fonction de réserve de valeur », souligne l'étude.
Même son de cloche lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie : « dans les pays limitrophes du conflit, au cours de son premier mois, la guerre a entraîné une augmentation causale estimée à 36 % de l'émission nette quotidienne moyenne de billets », relève le rapport.
« Pneu de secours »
Les chercheurs de la BCE constatent que lors des moments de stress aigu, le public se tourne souvent vers la monnaie physique comme« réserve de valeur fiable » et « moyen de paiement résilient ». Alors que le secteur du paiement tend à être de plus en plus optimisé pour toujours plus d'efficacité et de rapidité, les espèces sont vues comme « un pneu de secours ».
« Après la panne géante, il y a eu trois fois plus de retraits en Espagne : la population s'est rendu compte que les espèces constituaient le meilleur moyen de paiement en cas de problèmes », rappelle Michel Tresch, président de Loomis France, une société de transport de fonds. Les terminaux de paiement étaient alors totalement hors d'usage.
« Lorsqu'il faut payer son ticket de parking, ou passer à la station essence en pleine crise, avoir une réserve à la maison ne sert pas, encore faut-il avoir de l'argent en espèces sur soi et l'utiliser de manière régulière afin d'assurer la robustesse de la logistique fiduciaire », nuance-t-il.
De quoi « couvrir ses besoins pendant 72 heures »
L'étude rejoint le discours des banques centrales, des ministères des finances et des agences de protection civile de plusieurs pays et recommande « aux ménages de conserver une réserve de liquidités de plusieurs jours pour les achats essentiels ».
Dans le manuel de survie adressé aux Français par le gouvernement en mars dernier, les espèces faisaient partie des quatorze objets indispensables à voir chez soi en cas de problème.
L'institution de Francfort n'a pas donné de montant idéal à conserver, mais elle précise qu'aux Pays-Bas, en Autriche et en Finlande il est recommandé de conserver des montants allant d'environ 70 à 100 euros par membre du ménage ou suffisamment pour couvrir les besoins essentiels pendant environ 72 heures.
Certains pays, comme la Finlande, étudient la création de guichets automatiques résistant « à l'épreuve des perturbations » pour garantir l'accès au cash en cas de défaillance numérique.
En Autriche, où les banques ont réduit leurs réseaux de distributeurs automatiques dans les zones rurales, la banque centrale du pays prévoit d'installer ses propres distributeurs automatiques de billets (DAB) dans les municipalités qui ne disposent plus d'un accès fiable. La France est confrontée au même problème que ses voisins, son nombre de DAB ne cesse de diminuer au fil des années : depuis fin 2018, le parc d'automates s'est contracté de 19 %.