Les petits commerçants peuvent-ils compenser la disparition des distributeurs de billets ?
Courant 2026, deux des banques proposant le retrait d'espèces en magasin ouvriront leurs points d'accès à tous les détenteurs de carte bancaire CB. Ce service pourrait faire l'objet d'une demande croissante alors que les distributeurs automatiques de billets se font de plus en plus rares.
Tandis que le parc de distributeurs automatiques de billets (DAB) fond, les alternatives pour maintenir l'accès au cash se multiplient. Selon le dernier rapport de la Banque de France sur l'accessibilité des espèces, les services de retrait chez les commerçants gagnent du terrain : le nombre de points d'accès a augmenté de 2,9 % en 2024, pour atteindre 28.479, soit une croissance de près de 23 % depuis 2018. En parallèle, le nombre de DAB diminuait encore de 3,5 % l'an dernier, à 42.578, certaines communes ayant même perdu leur seul automate.
Selon la Banque de France, ces nouveaux dispositifs contribuent au maintien d'un « haut niveau d'accessibilité aux espèces », notamment en milieu rural. Ils permettent de retirer de l'argent lors d'un achat par carte bancaire dans un magasin en majorant le montant facturé. Pour l'heure, une poignée d'acteurs financiers - Crédit Agricole, La Banque Postale (dans les bureaux de poste), Crédit Mutuel et Nickel - proposent ce type de service. Les retraits sont donc accessibles à leurs seuls clients. Mais à partir du premier semestre 2026, Crédit Agricole et La Banque Postale ouvriront progressivement leurs points d'accès privatifs à tous les détenteurs de carte bancaire arborant le logo CB.
Plafonds variables
« Les premières banques intéressées ont lancé des développements cette année pour pouvoir faire une expérimentation en 2026 et s'assurer au niveau opérationnel que cela fonctionne bien, mais aussi valider l'appétence des commerçants et des clients », détaille Loys Moulin, directeur du développement chez CB.
« Nous avons réalisé les travaux permettant dès 2026 que les clients d'autres banques puissent retirer des espèces dans les relais CA », confirme Crédit Agricole, qui dispose d'un réseau de 4.500 points de retraits, initialement baptisés « Points verts ». La banque mutualiste fait figure de pionnière en la matière : son service existe depuis 1988 et comptabilise un peu plus de 155.000 retraits chaque mois.
Nickel et Crédit Mutuel n'ont quant à eux pas manifesté d'intérêt, pour le moment, à ouvrir leurs points d'accès à tout client doté d'une CB. « Le bilan de l'expérimentation permettra aux autres banques de décider d'ouvrir le service à leurs clients. Ce type de dispositif impose des développements informatiques et le respect de contraintes réglementaires. Il faut donc se donner le temps nécessaire », explique Loys Moulin.
L'initiative devrait certes favoriser l'accès à ce type de service, mais elle ne lèvera pas toutes ses limites. Les retraits ne restent possibles qu'aux heures d'ouverture du commerce participant, tandis qu'un DAB installé sur la voie publique est disponible 24 heures sur 24. Des plafonds de retrait sont aussi en vigueur, et peuvent varier selon les capacités du commerçant à l'instant T.
« Il est important de garder en tête que l'objectif n'est pas de transformer les commerçants en DAB. Il s'agit vraiment de retraits de dépannage, dont les plafonds n'ont rien à voir avec ceux d'un automate. Dans la pratique, le panier moyen est de 50 à 100 euros par personne par jour et par commerçant », détaille Loys Moulin.
« Service sensible »
Les commerçants peuvent être rémunérés à l'opération pour le service rendu - c'est le cas pour les relais CA -, mais le service est gratuit pour les clients. Ce dispositif peut aussi générer davantage de trafic en magasin, à l'heure où certains commerces de centres-villes subissent une fréquentation en berne. « Mais c'est un service sensible, notamment en matière de traçabilité de bout en bout des opérations. Il faut mettre en place les contrôles nécessaires, comme la vérification de la pièce d'identité du client par le commerçant », énumère Loys Moulin.
Le législateur européen, qui réfléchit actuellement à des mesures pour garantir le maintien d'un accès suffisant aux espèces, entend faciliter le développement du retrait en magasin. Un texte est aussi en cours de préparation pour instituer un principe d'acceptation obligatoire du cash comme moyen de paiement, sauf dans quelques cas particuliers. Le régulateur souhaite mettre fin aux abus constatés chez certains commerçants qui refusent de plus en plus fréquemment les règlements en espèces sans motif valable.
Rachel Cotte
Thématiques associées