UPI

UPI, moteur de l'inclusion bancaire en Inde

 Avec UPI, l'Inde s'impose comme un leader des paiements numériques. Ce système gratuit et instantané, adopté par 500 millions d'utilisateurs, transforme l'économie locale et séduit des pays étrangers.

Publié le 22 oct. 2025 à 10:49

A leur arrivée en Inde, les touristes étrangers sont généralement frappés par les progrès colossaux effectués par le géant asiatique dans les paiements numériques. La plupart des vendeurs ambulants, même ceux qui écoulent des noix de coco sur un bout de trottoir, disposent désormais d'un petit panneau cartonné sur lequel figure un QR code.

Les clients n'ont plus qu'à le scanner avec leur téléphone portable pour envoyer de l'argent de manière instantanée. Il est ainsi possible, d'un coup de mobile, d'envoyer 40 roupies (environ 40 centimes d'euro) pour siroter une noix de coco. C'est 10 roupies pour s'acheter une cigarette à l'unité, ou bien un paquet de chips. De quoi totalement ringardiser les billets de banque et les cartes de crédit.

Plateforme interopérable et gratuite

Cette révolution a été rendue possible par le Unified Payments Interface (UPI). Plutôt que de laisser les entreprises privées innover chacune dans leur coin pour créer des systèmes de paiement voués à ne pas être compatibles, les pouvoirs publics indiens ont pris les devants. Ils ont conçu une plateforme dont le code est ouvert, interopérable et gratuite, sur laquelle les acteurs privés peuvent librement brancher leur propre interface (API).

 

Initié avant l'arrivée au pouvoir de Narendra Modi, en 2014, le réseau UPI est devenu opérationnel en 2016. Il fait partie, avec le système d'identification biométrique Aadhaar et le système de stockage de documents officiels Digi Locker, du « India Stack », une panoplie d'applications publiques censées faciliter la vie des Indiens et les propulser dans l'âge du numérique.

600

millions de transactions quotidiennes étaient enregistrées sur UPI en juillet 2025.

Dans le cas d'UPI, le succès a été phénoménal. Et pour cause : les paiements sont instantanés et aucune commission n'est prélevée. L'année passée, 3.200 milliards de dollars ont transité via le réseau, soit 82 % du PIB indien. Rien qu'au mois de juillet, 600 millions de transactions quotidiennes étaient enregistrées sur le système UPI, qui va bientôt dépasser le nombre de transactions effectuées sur le réseau Visa au niveau mondial.

Un pilier du soft power indien

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi a lancé une grande campagne de bancarisation. Environ 89 % des Indiens disposent désormais d'un compte en banque, contre seulement 53 % il y a dix ans, selon la Banque mondiale. Avec les efforts d'inclusion bancaire, le système UPI est devenu l'un des piliers de la politique sociale de Narendra Modi.

Son gouvernement utilise en effet massivement le réseau pour transférer directement les allocations gouvernementales sur les comptes des Indiens les plus modestes. Le leader hindou et son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP), en tirent au passage de gigantesques gains électoraux. Les banques, elles, veulent désormais élargir l'accès au crédit chez les plus modestes en s'appuyant sur UPI, qui compte 500 millions d'utilisateurs actifs en Inde.

Le système est tellement performant que des pays comme le Népal, les Emirats arabes unis, Singapour ou le Sri Lanka ont décidé de brancher leur système bancaire et acceptent désormais les paiements via UPI. En France, les touristes indiens peuvent utiliser UPI pour payer leur billet d'entrée pour la Tour Eiffel ou régler leurs achats aux Galeries Lafayette.

Mais l'Inde veut aller plus loin et offrir la technologie aux autres pays du « Sud Global », pour en faire un pilier du soft power indien. La Namibie et Trinité-et-Tobago ont été les premiers à signer pour déployer sous licence une version locale du système indien. New Delhi aimerait séduire 20 pays d'ici à 2030.